Qu’est-ce qui distingue le formel du non formel? Le contexte, l’utilisation ou l’intention?

nov 2014
Strict to relaxed structure of learning

Where do methods belong? Does it depend on the context in which they are used? Jonathan looks at a range of situations from his experience. 

C’est peut-être le nouveau programme Erasmus + de l’UE qui stimule le débat actuel sur les méthodes et les outils non-formels. Erasmus + place articule le travail de jeunesse avec les activités formelles d'apprentissage beaucoup plus étroitement que les programmes précédent. Différences et l similitudes sont plus facilement perceptibles.

J'ai eu le privilège de travailler en tant que formateur et animateur avec un large éventail de personnes et de contextes différents. Je présente ici quelques activités d'apprentissage dans lesquelles j’ai été impliqué. En les découvran, vous vous demanderez peut-être si elles relèvent  de l'apprentissage non formel - ou d’ autre forme d'apprentissage ... 

  1. Le sentier non-nature : Amener les enfants à marcher lentement et silencieusement à travers une section de bois où nous avons placé toutes sortes d'objets fabriqués par les humains :  une « récolte » de cuillères en bois « poussant » sous un arbre, 30 trombones suspendus comme des feuilles dans un petit buisson, des petits miroirs métalliques fixés au bord d'une piscine afin de refléter la lumière du soleil et ainsi de suite. Les enfants devaient rapporter ce qu’ils avaient observé. C’est idéal pour les amener à vraiment regarder leur environnement, à découvrir ce qu'ils ne remarquent pas.
  2. Moments de vie (« Spots of time ») : Faire s’asseoir sur une colline un groupe d'étudiants de maîtrise en administration des affaires , les yeux bandés ,et leur demander de se souvenir des moments de  leur vie qui ont joué un rôle dans leur approche du leadership.
  3. Observation des étoiles : Allongés sur le dos à 01h00 dans la nuit à la recherche de satellites et d’étoiles filantes avec tous les membres du conseil d'administration d'une société d'ingénierie.
  4. Exercice de simulation: Inviter les participants d’un séminaire de prise de contact à concevoir un programme d'échange fictif, à remplir les formulaires et à soumettre à approbation  leurs idées lors d’une table ronde.
  5. Jongler en groupe : Passer une balle de jonglage dans un groupe, arrêter sans prévenir et demander au participant tenant la boule de jonglage rouge de partager son apprentissage personnel de la journée précédente du programme.
  6. Travail de carte : Demander à un groupe de jeunes défavorisés dans une école de de la ville d’utiliser des cartes pour planifier le trajet à pied et à vélo qu’elles et ils entreprendraient au cours du week-end suivant.

Plusieurs de ces activités ont eu lieu dans des cadres formels d'éducation. Récemment, un professeur a indiqué qu'il voulait voir ce que je « faisais » avec les étudiants dès le matin. Pourquoi il y avait autant de bruit, de rire et pourquoi ces séquences, juste avant son cours, généraient chez les étudiants une énergie positive. L’expression « spots of time » avait été proposée par un professeur spécialiste de la littérature romantique anglaise (c’était un terme utilisé par le poète William Wordsworth). Le sentier non-nature à son origine aux Etats-Unis dans l’éducation écologique appelée « acclimatation » - mais elle a été utilisée dans le cadre d'une expérience scolaire en internat où toute la classe a passé une semaine ailleurs en période scolaire (en dehors des vacances).

Il existe de nombreuses activités soutenues par le programme Jeunesse en Action qui sont annoncées comme incluant « des méthodes d'apprentissage non formel », mais une grande partie de ce que nous pouvons lire suggère que « non formel » concerne le contexte plutôt que les méthodologies. Si l'apprentissage « formel » suggère l'apprentissage qui a lieu dans les institutions, les écoles, les collèges et les universités (souvent, pour les jeunes apprenant-e-s du moins, l'apprentissage obligatoire) alors non formel pourrait suggérer l'apprentissage qui encourage l'engagement volontaire, suit certains des principes du travail de jeunesse et qui se passe en dehors des frontières institutionnelles. (Ces limites apportent des ressources et aussi des restrictions bien sûr.) Et que dire des personnes qui apprennent dans l'environnement de travail ? Je me suis assis dans des salles de classe pour apprendre « la comptabilité pour les non comptables », entendu des discours inspirants de gourous du marketing et débattu longtemps après la fermeture du bar avec des collègues sur les styles de leadership les plus appropriés pour l'organisation. Toutes des grandes expériences d'apprentissage - mais sont-elles formelles, non formelles ou informelles ? Peut-être que c’est une question inutile (une meilleure question pourrait être : à quel point étaient-elles utiles ?) mais il semble bien y avoir un malentendu selon lequel les méthodes non-formelles, et les principes qui les sous-tendent, ne marchent que dans des cadres volontaires, ou communautaires.

Dans un article appelé « What is non-formal education? » (Qu’est-ce que l’éducation non formelle) sur la page internet www.infed.org, Mark Smith cite Fordham (1993) qui suggère que dans les années 70, quatre caractéristiques ont commencé à être associées à l’éducation non formelle :

  • Pertinence par rapport aux besoins des groupes défavorisés.
  • Le souci de certaines catégories de personnes.
  • Un accent sur des objectifs clairement définis.
  • Flexibilité dans l'organisation et les méthodes.

Comment celles-ci correspondent à votre compréhension de l'apprentissage non formel trois décennies plus tard ? Nous ne pensons pas généralement à un-e étudiant-e d'école privée ou un-e étudiant-e de MBA comme « défavorisé-e », et il semble que de nombreuses méthodes d'apprentissage non formel peuvent être utilisées à bon escient à des fins différentes - tant que les « éducateurs » planifient, adaptent et examinent l'activité selon les besoins du groupe. Mais la notion de flexibilité est toujours valable.

Plus récemment, le document de travail « Pathways 2.0 - towards recognition of non-formal learning/education and of youth work in Europe » (« Passerelles 2.0 - vers la reconnaissance de l'apprentissage / l’éducation non formelle et du travail de jeunesse en Europe »), publié en 2011 par le Partenariat sur la jeunesse entre la Commission européenne et le Conseil de l'Europe, suggère que dans le travail de jeunesse les deux apprentissages non formels et formels sont utilisés et qu'ils ont trois caractéristiques clés en commun : ils sont structurés, motivés par un objectif et intentionnels. Peut-être ces caractéristiques pourraient être utilisées pour distinguer les outils formels et informels ?  Par exemple, existe-t-il une échelle de structure allant de stricte à relaxée, ou de but (organisationnels) allant de personnel à externe, ou d’intention de processus à intention de contenu ?

Je suis conscient de la différence entre l'apprentissage et l'éducation, mais si j’utilise le même outil d'apprentissage dans une école, une université, une entreprise, un programme d'apprentissage, un club de jeunes ou lors d’une promenade en famille - cela fait-il de moi un genre d'éducateur différent pour chaque cas ? Ou pour la méthode un type différent de méthode ? Peut-être la culture du groupe et de l'environnement dans lequel les méthodes non-formelles sont introduites sont plus pertinentes. Les méthodes d'enseignement didactiques ont tendance à ne pas encourager de bons rapports entre les étudiant-e-s ou entre enseignant-e-s et étudiant-e-s - mais les méthodes d'apprentissage non formel oui. Je commente souvent en plaisantant aux nouveaux groupes comme ce sera extraordinaire quand ils se lèveront avec joie de leurs sièges et se livreront à une activité étrange ou à une conversation inhabituelle, tout simplement parce que je le leur demande. Il y a un niveau de confiance et de rapport qui est nécessaire pour permettre à des méthodes non-formelles de fonctionner - et je suppose que ce n’est pas tout le monde qui peut (ou veut) développer ce genre de relation avec leurs apprenant-e-s. Ou peut-être ce sont les contextes institutionnels qui découragent ce type de relations (en réalité... ou tout simplement par idée préconçue et réputation). Il existe également la difficulté que la personne qui développe la relation avec les apprenants pourrait aussi avoir à devenir l'évaluateur (ou même l’examinateur) des apprenants et ce pourrait nécessairement devenir soudainement un processus assez formel. Mais cela conduit à nouveau à une autre question de principe : est-ce que les processus d'évaluation doivent être formels et non-relationnels ? Pour moi, ils devraient représenter plus de possibilités d'apprentissage et pas seulement l'arrêt complet à la fin d'un processus d'apprentissage. Il est possible d'être rigoureux tout en étant stimulant, encourageant, exploratoire et beaucoup d'autres choses qui semblent incarner l'apprentissage non formel.

Pour en revenir à mes exemples d'activités, sont-ils des outils non-formels parce qu'ils sont offerts dans une atmosphère détendue, avec l'intention de s'engager dans un processus avec des résultats ambigus ? Ou sont-ils formels parce que certains d'entre eux ont eu lieu dans le contexte d'un programme universitaire avec des « résultats d'apprentissage » officiellement publiés et évalués ? Au final, je ne sais pas à quel point c’est important de catégoriser de cette manière. Ont-ils rempli leur mission ? Ont-ils été utilisés pour maximiser l'apprentissage visé avec compétence et sensibilité ? C’est certainement ce qui est le plus important ?

Références

Pathways 2    http://pjp-eu.coe.int/documents/1017981/3084932/Pathways_II_towards_reco...

Infed:  www.infed.org

Crédits Image: 
Jonathan Bowyer

Partager ce contenu