Parlons...

juin 2015
Parlons...

Platon disait : « On peut en savoir plus sur quelqu'un en une heure de jeu qu'en une année de conversation

... » De plus, à travers le jeu, non seulement nous en apprenons plus sur l’autre, mais également sur nous-mêmes. ..

Dans un monde où les jeunes peuvent alternativement être les principales victimes et / ou les auteurs de violence, il est important de les préparer à mieux comprendre les conflits et à les résoudre avant qu'ils ne deviennent violents et donc destructeurs.

La tension et l'intolérance constantes dans notre société sont révélateurs d’ un phénomène de conflit persistant. L'absence de consensus et la fragmentation politique actuelle ont créé un environnement de méfiance et de haine. Cette situation a profondément affecté les membres de notre communauté et en particulier les jeunes. La violence et les affrontements entre les groupes de différentes communautés resurgissent.

Que puis-je faire pour contribuer au changement dans mon pays qui est le Liban ? J’ai commencé à poser cette question quand j’ai réalisé le nombre de problèmes que notre  génération a hérité  d’une guerre civile qui a duré plus de 15 ans. Dans un pays où se retrouvent 18 religions différentes et  imprégné de profondes divisions politiques, la possibilité de changement paraît presque impossible.

Pour moi, une partie de la solution réside dans la participation des jeunes à la gestion de la diversité, la transformation des conflits, la consolidation de la paix et les droits humains. La création d'une dynamique de dialogue et de compréhension mutuelle entre les  jeunes est nécessaire et incontournable. J’ai donc décidé d'agir!

Nous avons rassemblé un groupe étonnant, jeune, souple, énergique et formidablement positif, qui est devenu connu sous le nom RAY : Responsible and Active Youth (« Jeunesse responsable et active »), un projet visant à mobiliser, responsabiliser et offrir aux jeunes des occasions d'apprendre sur eux-mêmes et les autres, puis à s’impliquer en travaillant avec leurs propres communautés, en mettant l’accent sur les partenariats constructifs entre eux (les jeunes et leurs communautés). Nous étions de religions et de régions libanaises différentes et nous avons joint nos efforts afin de créer « quelque chose » ensemble. Nous n’avions au point de départ aucune idée de ce que cette « chose » pourrait être, mais nous avions la ferme volonté de provoquer à travers elle des changements.

Nous voulions que cet outil soit créatif, jeune, vivant, utile et pratique. Qu'est-ce que ça pourrait être ? Après plusieurs réunions de « brainstorming »  avec des jeunes de différentes origines, nous avons finalement trouvé la réponse : un JEU !! Oui, « PARLONS ! » sera un jeu ! Tout le groupe s’accordait  quant à l'importance de l'apprentissage par le jeu. S’amuser fut d'abord une règle d'or dans l'équipe de RAY !

Figure 1 : Le logo RAY a été créé par les bénévoles. Le chapeau traditionnel libanais « Tarboush » représente le patrimoine et la culture libanaise. Les pantalons bleus modernes (jeans) et les chaussures Converse ressemblent à l'esprit de la jeunesse d'aujourd'hui. Cette mascotte vient nous rappeler qu’il  y a aussi des conflits entre générations, entre l’ancien et le moderne. RAY est conçu pour représenter le dynamisme de la jeunesse.

« Parlons » ou « Ta’o Nehke » tente de fournir aux organisations et aux professionnels, qui travaillent avec les jeunes, un éventail de bonnes pratiques et de stratégies sur la façon de travailler avec les jeunes comme partenaires en assurant une participation pleine et égale. Il sert également d’outil de formation pour responsabiliser les jeunes sur la façon de traiter de manière constructive les conflits interpersonnels.

 « J’ai appris avec le jeu « Parlons » combien il est important de connaître les sentiments, les perceptions et les besoins des autres dans un conflit », a déclaré l'un-e des participant-e-s. Un-e autre a affirmé : « Je ne savais pas que me mettre à la place des autres serait si difficile, mais c’est incroyable de voir comment cela peut influer positivement sur le conflit ».

Entendre ces exemples de réussite  a contribué à faire un pas vers la paix !     

En outre, « Parlons » fournit des principes directeurs sur la manière de travailler avec les jeunes et de promouvoir leur rôle d'agents de changement positif au sein de leurs communautés en les invitant et en les aidant à prendre des décisions ainsi qu’à prendre l’initiative.

« J’ai réalisé après avoir pratiqué le jeu qu’un conflit est une occasion de créer des relations positives tout comme j’ai appris l'importance de se débarrasser de toutes idées préconçues et préjugés afin d'obtenir la paix », a déclaré un-e des jeunes.

Un des principaux faits marquants après avoir joué à « Parlons » dans différentes communautés 

La formation des jeunes aux transformations des conflits n’est que la première étape dans leur parcours. L’objectif est d’en faire des agents de changement pacifique dans leurs communautés. Cela est possible à condition d’une  d’une implication à long terme, d’un  travail direct avec les jeunes, grâce à l'encadrement, de fournir des occasions d'apprendre, en organisant le soutien nécessaire, en laissant la place à l’expérimentation pratique  par essais erreurs et à la déduction jusqu’à ce que les jeunes soient enfin en capacité de décider librement et de définir les modalités de leur implication. 

Bref aperçu du jeu de société RAY : « Parlons ». Grâce à ce jeu, les joueurs acquièrent des compétences de négociation et de communication. Ils apprennent à gérer les conflits de manière positive. Quatre joueurs suivent un scénario de conflit d’après  les fiches de rôles qu'ils reçoivent. Alors qu’ils se déplacent d’une case à l’autre en jetant les dés, ils  peuvent évaluer leur impact comme « conseils » sur les autres joueurs, et prendre conscience de l’importance en cas de conflits de la « perception », de la « négociation », du « temps »,  des « besoins », de l’« empathie » – et des compétences que ces données requérent.

« Ta’o Nehke » ou « Parlons » en résumé

“Ta’o Nehke” or “Let’s talk” In brief

Caractéristiques principales de « Parlons »
  • Dynamisme et interactif : c’est un espace dédié à la négociation dans lequel chaque joueur-se reçoit un certain nombre d’opportunités de négocier au cours du jeunes
  • Basé sur des situations réelles : les scénarios reposent sur l'évaluation de l’impact réel des conflits dans lesquels sont engagés les jeunes dans leurs communautés respectives
  • Adaptable à différents groupes et communautés

« Ta’o Nehke » est conçu pour développer des connaissances, des compétences et des attitudes rendues nécessaires par le conflit chez les joueu-rs-euses.

En termes de connaissance
  • Comprendre les concepts et la terminologie de la  transformation des conflits
  • Comprendre les différents traits de personnalité et les styles de conflit impliqués
  • Découvrir ce qu’est la transformation des conflits et comment elle se réalise 
  • Apprendre la différence entre les situations, les intérêts et les besoins
En termes de compétences
  • Apprendre à atténuer les conflits interpersonnels
  • Élaborer une « optique sans jugement » qui permet d’avoir moins d’idées préconçues tout en observant et en comprenant mieux
  • Être conscient-e des sentiments des autres 
  • Se mettre à la place de l’autre
  • Négocier dans un délai limité, coopérer vers un objectif commun
  • Mettre en pratique des compétences de communication et les façons de convaincre l’autre 
En termes d’attitudes
  • Favoriser la curiosité des participant-e-s de façon qu’une fois revenus dans leurs communautés ils essayent de mettre en œuvre  les compétences nouvellement acquises
  • Acquérir la capacité à se poser des questions et à comprendre les autres parties avant de les juger 
  • Être moins critique vis à vis de l’autre et mieux accepter leurs conditions/situations
  • Se concentrer davantage sur le processus que sur les résultats lors de la gestion de conflit 
  • Tenter toujours de maintenir un équilibre entre la réalisation de ses propres objectifs et le maintien des relations 
  • Surmonter les stéréotypes et les préjugés.
Crédits Image: 
Justine Abi Saad

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