Entrer dans le terrier du lapin

nov 2014
Updated
the portal

What happens if you're a participant in a Tool Fair workshop and a facilitator asks you to walk through a portal and then, simply, "find your place"? Honza shows us what one participant's experience could be like and ends with a discussion about the use of such methods to help participants explore themselves through their interaction with the local environment.

Going through the portal
Going through the portal

Salut, je m’appelle Kristina et j’aimerais vous raconter une histoire. En novembre 2012 j’ai participé à la Tool Fair (Foire aux outils pédagogiques) en Pologne. Dès le début ça m’a plu. Le lieu était superbe – un vieux château plein d’histoire, il y avait un groupe de personnes charmantes et le programme était à mon sens très intéressant. Après la soirée d’accueil et une matinée d’introduction, les ateliers ont commencé. Le premier que j’ai choisi s’appelait « Trouvez votre place ». La description m’a plu, elle disait : « un voyage personnel intérieur et extérieur, aventureux, à la ville pour trouver un lieu, revenir et partager une histoire ». Il était ouvert « quiconque est prêt-e à abandonner l'esprit rationnel et à utiliser l’intuition pour être conduit-e à sa place ». Et bien j’ai pensé que ça semblait intéressant et qu’il fallait essayer !

La première partie de l'atelier était un peu déroutante. Ce n’était clairement pas ce à quoi je m’attendais. Nous étions dans une pièce, nous ne nous connaissions pas beaucoup et le niveau de concentration paraissait assez faible. Certaines personnes semblaient même avoir des difficultés avec un niveau d'anglais très élémentaire. Toute l'introduction établissait des connexions avec des films et des livres tels que Matrix, Alice au pays des merveilles et Le Hobbit, sur les cultures traditionnelles et leurs rites de passage, les miroirs, les seuils et les portes.  Je n’ai pas compris grand-chose bien que ce soit plutôt intéressant et ça m'a donné envie d'en savoir plus.

Ensuite nous sommes allé-e-s dehors. Honza – l’animateur de l’atelier – nous a amenés dans le parc derrière le château et nous a montré un portail rectangulaire fait de cordes entre les arbres. Il nous a dit de traverser le portail vers le « nouvel horizon », de trouver notre place et de revenir. Il nous fallait être plutôt intuitifs, pas trop rationnels : arrêter de penser, laisser l’endroit vous trouver, se connecter à l’environnement et déchiffrer les signes. Je me suis dit qu’il s’agissait encore d’un jeu New Age non structuré, pseudo-psychologique pour hippies, mais j’ai tout de même traversé le portail pour explorer l’inconnu de l’autre côté.

Immédiatement après avoir franchi d’un pas le portail, quelque chose a changé. Étonnamment, ça a marché et les sensations étaient assez fortes. Je me sentais comme dans une réalité parallèle tout à fait nouvelle, telle une exploratrice découvrant des paysages intérieurs, peut-être comme dans un rêve ou dans un conte de fées. Puis je me suis souvenue de la consigne - Trouvez votre place. Oui, mais comment, où est-elle, à quoi ressemble-t-elle ? Peut-être que je voudrais une place au soleil ? Puis, après un certain temps passé à essayer d'imaginer mon endroit idéal j’ai pensé à la consigne, qui était de se laisser guider par l'intuition et de laisser aller ses pensées. Alors j’ai simplement marché lentement à travers le parc et observé mes sentiments, mes pensées, mes pas et mon souffle et je me suis ouverte à ce qui venait.

Ma place était alors dans un buisson, une végétation basse poussant librement, ce n’était pas du tout au soleil. C’était sombre, humide, assez petit et plus approprié pour un animal qui veut se cacher que pour un humain. Mais je l'ai aimée, parce que c’ était là ma place à ce moment-là et dans cette situation. Passer du temps là, à découvrir l’endroit, observer les sensations que j’avais et réfléchir aux liens avec ma vraie vie était très intéressant et constructif. Je fus surprise du nombre de messages que je recevais de l'environnement et de la quantité de symboles qui faisaient sens pour moi à ce moment et en ce lieu. Beaucoup de souvenirs ont ressurgi et se sont connectés avec mes expériences antérieures pour composer un tableau significatif et complexe. 

Coming back
Coming back

Il était temps de rentrer - retourner à nouveau à la réalité à travers le portail. Je n’en avais presque pas envie, je commençais à apprécier ce royaume imaginaire, mais j’ai repassé la porte et quitté le parc. Nous nous sommes tou-te-s retrouvé-e-s dans la salle de séminaire qui était disposée d'une façon relaxante et préparée pour l’échange. Une musique d’ambiancee était diffusée, j’ai remarqué peut-être un peu d'encens et au milieu il y avait une grande feuille de papier. Nous avons commencé par dessiner notre expérience sur le papier.    

Ensemble, nous avons fait une mosaïque d'histoires et d'impressions. Plus tard, nous avons échangé par paires puis fait  en petits groupes un résumé de nos histoires ainsi que de où nous en étions arrivés. Certaines des personnes avec qui je partageais mon expérience avaient eu des aventures très intéressantes. Elles étaient différentes de la mienne, mais par certains de leurs aspects trouvaient un écho en moi et m’ont ouvert d'autres perspectives  et de nouvelles significations. À la fin nous avons discuté tous ensemble de l'activité. Certaines personnes ont formulé des idées inspirantes et des concepts sur la façon d'adapter une telle activité, où et quand on pouvait l'utiliser.

A ready-made portal
And what can it all mean? What do we need to make it work?

Plus tard dans la soirée nous étions assis-e-s autour du feu avec Honza et d’autres personnes et nous avons commencé à discuter à nouveau de l’activité et de comment on peut s’en servir. Voici ce dont je me souviens :

Yvan: Honza, comment s’est passé ton atelier ?

Honza : C’était assez difficile au début, car le groupe ne se connaissait pas, alors cela m’a pris beaucoup de temps et d’énergie pour bâtir des relations de confiance et créer une ’atmosphère. Normalement je mènerais ce type d’activité à un moment de la formation où les personnes se connaissent et sont habituées à de telles méthodes. Mais finalement ça s’est bien passé.

Martin : Oui, mais j’ai apprécié que ce soit au début de la Tool Fair, car elle construit des liens solides entre les participant-e-s de l’atelier et pour moi ça a marché comme une activité de formation à un esprit d’équipe aux résultats  inattendus.

Yvan : C’est intéressant. Cependant, pour le début d’une formation j’utiliserais une consigne différente. Peut-être « Pourquoi suis-je ici ? » ou quelque chose de ce type ? La lancer avec la bonne question ou la bonne intention est extrêmement important. Je pense que ça doit être suffisamment clair et précis, tout en laissant de la place à l’imagination et à des interprétations diverses.

Honza : C’est vrai. Les questions changent, mais le cadre principal reste toujours le même – il faut construire l’énergie, expliquer correctement le sens et préparer les personnes à l’expérience. Cela veut dire être soi-même dans le bon état d’esprit, avoir tout le long confiance et travailler au-delà du niveau verbal afin de transmettre un sens plus profond. Il est davantage question ici de l’authenticité de la personne qui anime que dans beaucoup d’autres méthodes, car il n’y a pas grand-chose d’autre avec quoi travailler et ils se débrouillent tous seuls. Vous devez correctement préparer l’état d’esprit.

Martin : Tu as raison. Il n’est pas possible de dire juste « passez le portail et trouvez votre place » bien que ce soit la seule instruction qu’on donne car on ne veut pas trop influencer l’expérience des personnes je suppose ?

Mariia : Une fois j'ai fait quelque chose de semblable au cours de la réunion à mi-parcours de volontaires SVE. On n'a pas eu de portail commun, mais les volontaires ont construit le leur quelque part dans la forêt. La question posée était : « quelle est ma direction ? » Cela a très bien fonctionné, parce que beaucoup de volontaires pensaient à leur avenir et à ce qu’il adviendrait après le SVE.

Martin : Construire mon propre passage– c’est très bien. J'ai aimé le portail fait à partir des cordes ici, mais je pensais que nous pourrions aussi utiliser le tunnel sous le château ou quelque chose qui est déjà là, un seuil naturel.

Honza : Bien sûr, cela dépend beaucoup du genre de groupe que vous avez et de ce qui est autour. J’aime aussi construire des portes à partir de matériaux naturels ou adapter des passages naturels existants. 

Mariia : J’ai beaucoup aimé la narration des histoires à la fin. Je pense que c’est une partie importante de l'expérience. Beaucoup de choses que j’ai ressenties ont commencé à faire sens quand j’ai fait mon dessin, puis partager l'histoire avec les autres a rendu cela beaucoup plus fort.

Yvan : Parfois, nous utilisons aussi ce que l’on appelle «voie de conseil» pour le partage. Cela ajoute un autre niveau à l'histoire et au groupe. J’ai un atelier sur la « voie de conseil » demain, vous pouvez venir essayer.

Martin : Quels risques pensez-vous peut présenter une telle activité ?

Mariia : Je suppose que la personne qui anime doit être très claire, authentique et forte. Bien sûr la porte fonctionne en tant que telle, mais il est essentiel pour moi de bien préparer les personnes.

Yvan : Exactement, la technique en elle-même est très simple - traverser, expérimenter, revenir, partager, de sorte que chaque détail compte. Aussi, vous ne contrôlez pas le processus la plupart du temps, alors l'ouverture et la fermeture sont très importantes. Nous travaillons ici avec le vide pour ainsi dire, en envoyant des personnes dans l'espace inconnu de leur monde intérieur.

Honza : Pour moi il s’agit aussi de trouver le bon moment dans le processus. Il y a des groupes et des thèmes avec lesquels ce n’est tout simplement pas faisable, sinon ce serait un désastre. Et bien sûr la question / intention qu’on leur donne à explorer. C’est basé sur l’intuition et les émotions. Ce n’est pas approprié pour un thème, une tâche  ou un moment se basant sur la réflexion. L’objectif est que les personnes reçoivent un message d’une sphère inhabituelle etde  leur fournir un espace pour un point de vue différent.

Martin : Je pense que l'on peut facilement devenir trop spirituel-le et nébuleux ce qui peut être dérangeant pour certains participant-e-s. Mais l'autre extrême est d'être trop rigide et technique, il s’agit donc de trouver l'équilibre entre clarté et profondeur.

Mariia : Oui, exactement. Aussi, en tant qu’animatrices nous ne devons pas tomber dans le piège de jouer au maître spirituel, car il s’agit de formation et d'apprentissage. Donc, il nous faut clarifier le but et le contexte, et mener une réflexion appropriée à la fin afin que les participant-e-s sachent pourquoi ils le font et ce que cela signifie et comprennent également nos intentions derrière l'activité.

De retour à la maison après la Tool Fair je voulais recueillir certaines informations sur ce type d’activités et j’ai en fait découvert qu'il n'y avait pas grand chose dans les sources habituelles mais, grâce au conseil d'Yvan, j’ai compris qu’à l'origine cela vient de la tradition amérindienne de quête de vision et que c’est utilisé dans de nombreuses cultures dans le cadre de leurs rites de passage. L'inspiration vient de là, donc si vous voulez étudier ce domaine de manière plus approfondie il existe des personnes qui ont assuré  la transmission et l’ont adaptée à nos contextes de travail, au domaine de la jeunesse, du travail social et de la formation.

Depuis, j’ai utilisé plusieurs fois des activités de passage semblables avec différents groupes. C’est idéal pour des cours axés sur le développement personnel, dans le cadre de la formation des formateurs, comme un outil pour résumer l'apprentissage, voir les choses dans une perspective différente, comme un  plus pour des activités de planification basées sur la réflexion.  C’est en générale très  utile dans des moments de transitions, de changements, de prise de décision.

Parfois il est bon d’utiliser une consigne claire comme : « Explorez vos connections », parfois j’ai envoyé des personnes chercher une question à travailler plus tard. Nous avons construit des passages et des portes, ou bien les personnes ont construit les leurs. Il n’y a pas de vraie recette sur comment et quand utiliser cet outil. C’est également un défi pour nous, les formateurs, que de l’introduire au bon moment et de l’adapter correctement. Cela nous enseigne l’empathie et exige une sensibilité particulière à l’essence.

Habituellement, cela fonctionne très bien, mais c’est une méthode spéciale qui a ses propres racines et spécificités, donc je vous recommande de l'essayer d'abord par vous-même. Mon conseil pour l'utilisation de ces outils est d'avoir une intention claire, d’être authentique, courageux, mais respectueux et humble. Et n’oubliez pas de dire aux personnes de retraverser le portail ou vous ne les reverrez jamais.  

Bonne chance pour vos passages, Kristina.

Crédits Image: 
Honza Latal, Mark E. Taylor

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